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Ma petite-nièce Perséphone m'ayant
convaincue de publier
mon journal, j'ai décidé de le mettre
en ligne. Voici donc, épisode par épisode, ce qui fit ma vie durant l’année écoulée.
Chapitre 1 - De l’acide et du thé
Perséphone est en ce moment à Oxford, chez nos amis
Britons. Je ne communique donc avec elle que par mél ou message
textuel, mais j’en sais déjà assez pour parier
que ses parents vont être enchantés à son retour… Ma
Persé est là-bas dans le cadre d’un échange
que son lycée organise tous les ans avec des étudiants
du célèbre lycée de Klumstead, l’un des
plus chers d’Angleterre. Et quand JE dis cher, c’est
vraiment cher. De quoi disposer de son poids en Nutella pour la vie
entière et au-delà.
Inutile de dire que l’adaptation des petits fauves du lycée
de Perséphone à l’institution privée doit être
des plus rafraîchissantes. C’est du moins ce que laisse
penser le dernier mél de Perséphone. Jugez-en plutôt
:
De : anarsernic@yashoo.fr
A : Ladydi@hotmail.com
Objet : Ici Londres (fin Oxford)
Yo Lady Di !
Dernier jours chez les rosbeefs. Avec Jeronôme (NDMM : son meilleur ami), ça nous broute de revenir dans notre lycée de galériens, mais bon, faut faire avec. La mère supérieure (NDMM : c’est ainsi que Persé surnomme sa mère) va en avaler son chapelet quand je vais revenir. Jte dis pas pourquoi, mais j’ai un indice : GI Jane. Lol, tu verras bien demain. Sinon j’ai pris 5 kilos et ça c’est moins funk. C’est parce qu’avec Jeronôme et Dalila, on a déniché une boutique qui vend des cookies à se rouler par terre, alors on en a bouffé tous les jours. Heureusement que je vis pas là tout le temps, je finirais par ressembler à tante Macha (NDMM : il est vrai que cette pauvre Macha souffre de quelques désordres hormonaux qui ont une influence fâcheuse sur sa ligne…). J’ai aussi une super nouvelle à t’annoncer mais je préfère te le dire quand on se verra. Un indice : ça va encore plus plaire à la Mère supérieure. J
Bisounours,
Persé
PS : je te ramène un cadeau pour aller avec ton nouveau pantalsif (NDMM : je crains le pire)
PS 2 : t’as vu, j’ai écris tous les mots en entier
(sauf lol mais ça compte pas, on a dit). A ton tour de ramer
: on va voir qui sait le mieux s’adapter. Hin Hin
Ce « PS » doit sembler bien cryptographique au lecteur non averti. Il s’agit en réalité d’une référence à un petit pari entre Persé et moi-même. Après avoir reçu un texto incompréhensible de trop, j’ai parié avec Perséphone qu’elle n’était pas capable d’écrire un mél entier en langage correct. Quant à moi, il va me falloir rédiger mon prochain mél en langage texto. Si j’échoue, je serai contrainte de chanter Like a Prayer de Madonna au karaoké organisé par la paroisse. Etant d’un naturel joueur, je ferai mon possible pour battre ma petite nièce. Pourtant, je dois avouer que la perspective d’entonner cette ritournelle devant les grenouilles de bénitier des alentours me réjouit tant que perdre mon pari me gratifierai autant que le gagner. Lol, comme disent les jeunes.
Quoi qu’il en soit, les jours qui vont suivre s’annoncent riches en rebondissements… Je me demande ce que nous a réservé la petite... Bon, je m’en vais m’entraîner à écrire en texto. Ca va déchirer, comme on dit maintenant.
J’ai peur que Perspéhone ne finisse en pension si elle continue à provoquer sa génitrice. D’Oxford, Perséphone a non seulement ramené des biscuits et du thé, mais également un petit ami. On aurait pu penser que dans ce type de cité, elle séduirait un charmant jeune homme à mocassins et polo Ralph Murène, mais non. C’est un certain Fuck que Perséphone a pris dans ses filets (ou est-ce l’inverse, je n’en suis pas certaine). A en juger par les photos que Perséphone nous a montrées, Fuck doit être le seul punk d’Oxford à ne pas acheter ses T-shirts déchirés chez Jean Paul Gouter et ses piercings chez Grucci. Fuck, c’est pas un ptit bourge qui pue du cul. C’est l’argument que Perséphone a présenté à sa mère pour justifier son choix. Fait étonnant, Judith n’a pas aussi mal réagi que je le pensais. Ou bien était-elle anesthésiée par le nouveau look de sa fille ? Oui, j’ai oublié de préciser que pour être en harmonie avec son aimé, Perséphone s’est rasée la tête. Lorsqu’elle est entrée dans le salon, Judith a hurlé « Mais ? Tes belles boucles brunes ? Tes belles ? Tes… Oh mon dieu, mon dieu, mais… » en tripotant ses perles. Il va de soi que Perséphone jubilait. Judith assommée par le choc, Perséphone a alors asséné le coup de grâce tout en mordant dans une tartine de Nutella :
- Ah voubliais… Vé rencontré un mec. Un angliffe. Y fappelle Fuck ». Après avoir décoché un sourire garni de chocolat, Perséphone a continué
- C’est un bassiste-libraire. Ou un libraire-bassiste. Il est hot. Vous voulez voir des photos ? .
Pour les voir, on les a vues, ces photos. Ou plutôt JE les ai vues, Judith étant trop occupée à s’hyperventiler. J’ai eu tout le loisir d’admirer l’animal : Fuck en train de montrer ses fesses devant le Trinity College, Fuck en train de mâcher un sandwich avec la grâce d’un phacochère , Fuck et Perséphone enlacés… Non, enlacés n’est pas le bon terme… Disons « imbriqués »… Le Fuck Festival, en somme.
Je ne puis blâmer cette petite : j’ai toujours eu un faible pour les vilains garçons. Je me rappelle qu’à 20 ans, j’ai abandonné mes études de lettres à la Sorbonne pour un bel australien appelé Wank. Un jeune homme de bonne famille occupé à dilapider l’héritage de ses parents -de riches éleveurs-, dans les bars d’Europe et d’ailleurs. Je l’ai rencontré –ou plutôt ramassé- un beau soir de mars. Le 17 exactement, jour de la Saint Patrick. Je filais vers un récital de piano, lorsque j’ai vu qu’un être pathétique était sur le point de se faire renverser par une automobile. N’écoutant que mon courage et nonobstant l’allure peu amène du jeune homme, je me précipitai pour l’écarter de la chaussée et lui éviter une mort précoce. Pour me remercier, Wank me vomit sur le corsage. Belle première impression, n’est-ce pas ? La deuxième ne fut pas meilleure, puisque Wank ne sut que mâchonner dans un français rendu encore plus hésitant par la boisson : « Tu passer le nuit avec moi, cocotte ? ». Sa joue droite se souvient encore de ma réponse. Passablement refroidie, je me dépêchai de rentrer chez moi et oubliai l’incident. Jusqu’au jour où le destin remit Wank sur mon chemin, cette fois sur une piste de bal et non sur le trottoir. Nous étions tous deux invités aux fiançailles de Miss Darlington et de Sébastien de la Mercandière à Boulogne. Lui bien entendu ne se souvenait guère avoir décoré ma robe favorite, mais j’avais la mémoire plus fraîche et le giflai à nouveau lorsqu’il eut l’audace de m’inviter à danser. Pourtant, à le voir converser dans un français charmant avec les convives, cette fois bien éveillé et vêtu de frais, je commençai à lui accorder un certain charisme. Puis un charisme certain. Puis un Fox-trot. Puis un Tango. Puis mon cœur de midinette. Je garde un souvenir impérissable de cette amourette, qui m’a tout de même value d’être bannie du Club des Débutantes et mise au banc de la famille Von Lottenfeld pendant quelques temps. Je comprends donc sans peine que Perséphone soit plus attirée par les Fuck que par les John, mais ce n’est semble-t-il pas le cas de Judith. J’avoue avoir rarement vu ma nièce dans un tel état (excepté le jour où sa réplique de la tapisserie de Bayeux a pris feu, peut-être). J’espère que la pauvre Judith n’a pas hérité des prédispositions à l’infarctus de la famille. Tout de même, quel caractère, cette Perséphone…
… Fichtre, j’oubliais : avant de partir « bloguer » dans sa chambre, Perséphone m’a remis mon cadeau : un T-shirt proclamant « Amazingly enough, I don’t give a shit » ce qui, au cas où vous ne seriez pas familière avec la langue de Britney Spears, signifie à peu près : « Etrangement, j’en ai rien à foutre ». J’adore ! Je compte le mettre demain au Country Club. Lord Fizzymore devrait en avaler son dentier. Hi hi… Quoique… Peut-être devrais-je l’offrir à Judith. Mon petit doigt me dit qu’elle a grand besoin de ce type de philosophie en ce moment…
A : anarsernic@yashoo.fr
Sujet : Phoque iou
Yo perC, ta fé for ac ta mum, el a fliP saras. Fuk i Dchir, dmande lui si son PP lé ossi hot ke lui. G eCié le teesh, i va top avec mon tailleur Mior. Je V tombé les ieuv, C clR.
Kiss from Di.
Oué, peut mieux faire, mais on va dire qu’y a de la créativité. ;) Match nul, Lady Di. T’auras pas à chanter. Par contre, t’as le droit de m’inviter pour brouter une Haagen Schlääz… Tu mettras ton teesh ?
Ah oué : pis euh… Essaie plus d’écrire comme ça, ça fait con à ton âge pis t’y arrives pas trop trop.
Biz from Pers’
Dites, jeune fille, un peu de respect, sinon, la Haagen Schlääz, vous pourrez vous la payer vous-même…
- Lady Diane.
Comme je l’avais prévu, mon nouveau tee-shirt a fait son effet sur Lord Fizzymore. A peine m’étais-je délestée de ma veste de tailleur que ce vieux macaque a commencé à s’agiter sur son fauteuil club. Bien évidemment, je me suis empressée d’aller le saluer pour qu’il n’ait aucun mal à vérifier l’inscription.
- Et bien, chère Diane (NDMM : humph, faux cul !), me dit-il en guise de bienvenue , je constate que vous n’avez pas perdu une once de cet humour si… douteux qui vous caractérise…
Si j’avais écouté mon impulsivité légendaire, j’aurais répondu : « Mon sens de l’humour vous emmerde, cher Fizzymore ». Mais je suis une femme du monde, quoi qu’en disent certains. C’est pourquoi je me suis contentée de répliquer : « Bien que cela vous attriste, une femme a elle aussi le droit d’utiliser sa cervelle. Certes, votre femme use la sienne à vous supporter, mais si ma mémoire est bonne, je ne vous ai pas épousé ». Ce sur quoi je suis partie rejoindre Ruth et Desdémone Lutenrut pour disputer une partie de bridge enfiévrée. Pardonnez mes accès de rage, mais l’énergumène le mérite. Je ne supporte plus la vue de cet homme depuis qu’il a publié en 1984 un billet d’humeur dégoûlinant de machisme dans La Tribune de Quimpac. (voir l'extrait ci-dessous)
Mais soyons philosophe. Comme le dit si bien mon nouveau T-shirt, « I don’t give a shit ».
Soit. Où en étais-je de mon compte-rendu de la veille… Oui, le double effet T-shirt. Premier effet, disais-je : consterner Fizzymore. Mais il y eut un deuxième effet, imprévu, celui-là.
Figurez-vous que Desdémone avait amené avec elle un jeune créateur appelé Dieter Des (charmant, par ailleurs. Si j’avais ne serait-ce que 15 ans de moins…). Le pauvre chéri s’est pâmé devant mon audace vestimentaire.
- Mais c’est top moumoute, my dear !, s’est-il enthousiasmé. Je le veux. Non, non. Le MONDE en veut ! Non, pas le monde… Le monde du troisième âge ! (NDMM : troisième âge, troisième âge, c’est un peu fort de café).
Et voici mon Dieter parti dans un délire créatif comme on n’en avait pas vu au Club depuis ce jour de 1993 où Maria Spittingame improvisa un rap sur un poème de Byron. Son « concept », consiste à « concevoir une gamme de T-shirt à messages destinée aux « femmes qui en ont, aux femmes mûres et rebelles, aux audacieuses comme vous ; chère Diane ». Dieter est persuadé que ce type de vêtements ferait un carton parmi les femmes de mon cercle. Je n’ai pas voulu freiner l’élan de l’artiste, mais j’avoue mon scepticisme : quand comme moi, vous avez assisté à plus de cocktails que la Reine Elizabeth, vous êtes bien placée pour savoir que le doigt d’honneur n’est pas le symbole le plus prisé de ma catégorie socio professionnelle.
Toujours est-il que Dieter souhaite m’impliquer dans ce projet.
- Halte là, jeune fou, lui ai-je répliqué, mon agenda est plus overbooké que le vôtre, je ne sais si j’ai du temps à vous accorder.
C’est faux, bien entendu, mais on ne paraît jamais assez inaccessible, chérie, sachez-le. J’ai conclu que j’avais besoin d’un peu de temps pour y réfléchir, mais à dire vrai, c’est tout réfléchi : je suis excitée comme une puce ! Moi, muse à plus de 70 ans, qui l’eût cru ?
La Tribune de Quimpac – 20 juillet 1985
Où es-tu, fière Louve de Rome ?
par Deuteromon Fizzymore, Président de la Ligue de Bonne Moralité de Quimpac et sa région.Si la Louve qui nourrit en son temps les fiers Romulus et Remus avait été élevée sur le modèle des femmes qui de plus en plus emplissent nos conseils d’administration, Rome aurait-elle existé ? L’érection de notre civilisation eût-elle été possible ? La réponse, tout homme –et toute femme- de raison la connaît. Non, rien n’eût été possible. Or, à quoi assistons-nous à présent ? La femme, dont la nature est douceur et compréhension, diplomatie et discrétion, la femme se pare d’attributs masculins qui la dénaturent et pervertissent l’ordre des rapports humains. La femme porte épaulettes et pantalons qui la font ressembler au pire des dictateurs. La femme s’empare du pouvoir. La femme devient homme. On a tort, comme beaucoup, de sourire, voire d’applaudir cette évolution aux conséquences fâcheuses pour l’équilibre de notre nation et je compte, par le présent billet d’humeur, le rappeler aux esprits insouciants.
Qu’est-ce qu’une femme à un poste de direction sinon une bombe complexe prête à exploser ? Il n’est point besoin de rappeler combien la femme est, par nature, sujette à l’hystérie et à l’émotivité. Or, de quoi a-t-on besoin à un poste à pouvoir, si ce n’est d’un tempérament stable, fort, qui sache mener la barre avec virilité et sérénité ? On ne me fera pas croire que la femme soit parée de ces vertus. Oh, il en existe, certes. Mais alors, elles n’ont plus aucune des qualités qui firent d’elles des femmes. Plongées dans un environnement qui les dépasse, elles se changent en vulgaire caricature de leurs homologues masculins. Farce, que tout cela ! Farce certes, mais farce dangereuse. Car pendant que la femme tente en vain de singer l’homme, elle néglige ce pour quoi elle fut engendrée : enfanter et élever pour la nation ses piliers de demain. Nul besoin d’être docte pour constater les méfaits de cette négligence. La jeunesse actuelle n’est pas seulement moins nombreuse et moins vaillante qu’autrefois. Elle est également plus viciée, plus faible et dénuée de valeur morale. Plus grave encore, cette jeunesse a pour modèle cet homme diminué et cette femme parodie d’homme que j’ai pris sur moi de décrire ici. Qu’attendre d’une société qui propage ce modèle sinon une dégénérescence totale et inévitable ?
J’en appelle aux hommes mais aussi aux femmes, pour qu’ils se rebellent contre ce phénomène. Messieurs, sachez assurer le rôle qui vous est dû, sachez assumer votre mission de protection sans faillir ; mesdames, rappelez-vous quelle grâce vous habite lorsque vous vous révélez fidèle à votre vraie nature, gardez-vous de briguer un rôle qui ne vous convient guère et vous épuise. Ce n’est qu’ainsi que la civilisation que la fière Louve de Rome a allaitée pourra continuer à grandir sainement.
Deuteromon Fizzymore
Ouh, je me sens aussi lourde qu’un discours de Deuteromon Fizzymore… Je viens de passer une heure avec Perséphone à engloutir de la glace Haagen Schlääz vanille-pécan. Un délice. Je sais, je sais : à mon âge, je devrais surveiller ma ligne, mais au diable le régime, darling. De toute façon, Persé avait besoin d’un remontant. Je l’ai sentie tendue, aujourd’hui. Mais joyeuse, également. Mais tendue. Mais joyeuse… Je ne sais guère quoi en penser. Je crois que la situation se dégrade entre elle et sa mère… C’est même une véritable guerre froide ! D’ailleurs, Judith ignore que nous devions nous voir cet après-midi. Elle m’accuse d’avoir une influence néfaste sur la petite. Humph ! Qu’elle commence à balayer devant sa Rolls avant d’inspecter la mienne. Qu’y a-t-il de pire pour une adolescente : une mère qui lui fait croire que la vie est aussi séduisante qu’un furoncle ou une personne sensée et pleine de charme qui lui apprend à voir les choses avec humour et classe ? Hum ?
En tout cas, moi au moins, je sais voir la sensibilité artistique que Perséphone cache sous le papier de verre. Tenez, entre deux cuillerées de glace, elle m’a parlé d’un groupe de musique qu’elle souhaite mettre sur pied en compagnie de Fuck et Jeronôme. Ils ont décidé de s’appeler les Neurastenic Bridgemen et de faire "du rock, mais du vrai, pas de la merde qui passe à la radio, tu vois". J’ai deviné de suite quel serait mon rôle dans l’affaire lorsqu’elle m’a dit d’un air contrit :
- Ce qui me broute, c’est que… On n’a pas de local pour répéter. On peut pas jouer chez Jeronôme parce que sinon, tout Neuilly va nous tomber dessus. Et je parie mon string que Mère Supérieure voudra pas qu’on utilise le garage. Donc euh… on est dans la merde.
Que vouliez-vous que je réponde hormis :
- Et bien pourquoi ne pas répéter dans le salon rose ? Je serais ravie de participer à l’essor d’artistes de talent !
- Ouah ! T’es géniale ! Quand on sera célèbre, j'te citerai tout le temps dans les interviews !!
- Mais, je croyais que vous ne vouliez pas être un groupe commercial ?
- Ouais fin… On sera pas grand public mais on sera célèbre quand même… Fin tu vois, quoi…
- Tout à fait.
Ah, les jeunes et leurs contradictions… C’est exquis ! Je doute que Judith ait eu vent de ce projet, mais je me garderai bien de lui en parler. Elle me reprocherait de précipiter la décadence de la jeunesse. De toute façon, elle sera au courant bien assez tôt : les Neurastenic Bridgemen tiendront leur première répétition dans trois jours dans le salon rose. Oh, mon portable… Je me demande si…
18h50
C’était Xiao Sung, mon voisin, qui me demandait des nouvelles de Perséphone. Il tient absolument à être présent pour la répétition. "J’adore rock", m’a-t-il dit. J’ai du mal à l’imaginer sauter en tous sens en agitant la tête, mais cet homme est tellement plein de surprises… Perséphone l’adore et réciproquement. Je crois qu’au fond, elle admire sa sagesse et son calme. Si seulement il pouvait lui en instiller un peu… En parlant de calme, j’ai failli avoir une crise cardiaque en entendant mon portable : au lieu de ma Lettre à Elise, Perséphone a installé sur mon portable un morceau d’AC/DC. La petite peste… Finalement, je vais appeler Judith pour l’informer des manigances de sa fille.
Et dès ce soir. Non mais !
23h45
Texto de Perséphone "T dégueu d’mavoir fé ça. J’te déteste". Oups. Judith a dû dégorger son fiel sur la pauvre petite. Tant mieux : ça apprendra à cette jeune barbare le respect de ses aînés. Et puis quand on se prétend rebelle, on ne tremble pas à l’idée de défier l’autorité parentale, n’est-ce pas ? Diantre, il est temps d’aller se coucher. Comme l’a très bien dit Catherine Deneuve : le meilleur anti- ride, c’est 10h de sommeil et au minimum 1litre et demi d’eau par jour. Je suis plus proche des 5 heures et bien loin des 1,5 litres mais préservons tout de même le peu de capital jeunesse qu’il nous reste…
7 décembre 2004, 20h08
Quelle journée, mes aïeux… Moi qui suis plus Canard Enchaîné que Cuisine Actuelle, j'ai participé à un concours de cuisine tout à fait rafraîchissant organisé par, Ruth. La friponne m'a inscrite d'office avant de m'envoyer le mél suivant : "Diane, mon ange, ma chérie, mon soleil. Je t'ai inscrite au Cooking Contest que j'organise la semaine prochaine. Ta mission ? Réussir en un temps limité et des ingrédients donnés à concocter un plat sensass. Rendez-vous chez moi à 17h. A ta santé, à tes amours, à nous toujours, Ruthie.
PS : est-ce à toi que j’ai prêté mon blazer bleu pétrole de chez Manolo Miucci ? Je n’arrive plus à mettre la main sur ce satané bout de tissu…".
Comme j'adore les défis, j'ai décidé d'être fidèle au rendez-vous. Saperlotte, que c'était drôle, mais que c'était drôle ! Xiao Sung a réalisé mon portrait en bâtonnets de céleris, chou fleur et dés de carottes. Belinda Wriggles a lamentablement raté son soufflé au chou-fleur et Salomon Neoprène a fait exploser le four. Le tout en 2 heures. Un record. Pour ma part, j'ai opté pour une salade de crudités. Certes, je n'ai pas gagné le concours, mais j'ai appris à faire une vinaigrette. Une première. De toute façon, devant la nullité des participants, Ruth a préféré déclarer le jeu nul et non avenu et à défaut de grande cuisine, nous avons tous partagé un repas composé de la sculpture culinaire de Xiao Sung arrosée de ma vinaigrette (n’y voyez aucun symbole…). Pour compléter ce maigre repas, Salomon Neoprène a commandé quelques amuses bouches chez Fauchon et Belinda un petit Paris-Brest dans notre pâtisserie fétiche. Quant à moi, j’avais paré à l’imprévu et apporté une petite bouteille de vin blanc qui fut fort apprécié des convives. En particulier de Xiao Sung. J’étais étonnée de le voir descendre avec un tel entrain son verre de nectar, lui qui d’habitude fonctionne à l’eau minérale. Inutile de préciser qu’après deux gorgées, c’en était fini de la réserve admirable de mon cher voisin. Alors que Salomon Neoprène entamait son deuxième récit de guerre autour d’une part de Paris Brest, Xiao Sung a éclaté de rire puis lâché un :
- On s’en fout, toi ! Chiant alors, hein ! Sais pas dire des blagues, au lieu ? (précisons que Xiao Sung a d’habitude une syntaxe remarquable pour quelqu’un qui a appris le français il y a seulement 2 ans).
Ce sur quoi Salomon, rouge de colère, s’est levé de son siège pour lancer sur un ton de commandeur :
- Ce n’est pas un j’en foutre étranger à ce sol qui va salir la mémoire de mes exploits passés ! En m’insultant, monsieur, vous insultez la France !
Et il est parti. Quel con, ce Salomon ! Pardonnez mon langage, mais tout de même : il n’y a que lui pour penser que la "mémoire de ses exploits passés" intéresse quelqu’un. Non, je suis cruelle... Disons que lorsque Salomon nous conta ses faits d’armes pour la première fois en 1978, je ne nie pas avoir eu un certain intérêt pour la chose. Mais depuis, j’ai eu largement le temps de changer d’avis. En intervenant avec autant de fantaisie, Xiao Sung nous a sauvées de l’ennui et je ne l’en remercierai jamais assez. Nous avons tout de même dû le raccompagner jusque chez lui et le mettre au lit tant le pauvre était pompette. Pendant tout le processus, mon cher voisin ne cessait de désigner Belinda en répétant : "Oh, Britney Spears ! Oh ! Un autographe". Belinda est pourtant plus proche de Jacqueline Maillant que de Britney Spears, mais allez comprendre… En tout cas c’était désopilant, il faut l’avouer. J’en aurais presque fait pipi dans ma culotte, pour parler vulgairement.
….
… J’ai hâte de voir dans quel état sera Xiao Sung à la répétition des Neurastenic Bridgemen demain…
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