Posté le Monday 03 April 2006
Bonjour vous,
Pour bien commencer la saison, je vide mes placards : vous trouverez donc la suite et la fin de mon journal à gauche, là où vous le trouvez d’habitude. Depuis que j’ai griffonné tout cela, pas grand chose n’a changé dans ma vie : vous me trouverez toujours au même endroit, j’ai pris quelques rides, mais pas, Dieu merci, sur la partie faciale de mon anatomie. En revanche, la vie des autres a subi quelques transformations. La vie des Neurastenic Bridgemen, en particulier. Non, ils n’ont pas accédé à la gloire et goûté aux délices de la notoriété. C’eût été trop beau. Il faut dire que leurs deux principaux membres s’étant séparés…
Et oui : Fuck ne s’est pas avéré aussi… authentiquement rebelle que Perséphone ne l’espérait. Plus son « année sabbatique » avançait, plus le petit angoissait pour son avenir, aidé en cela par les remarques de Judith et surtout, la bienveillance légèrement douteuse de ses parents, qui au bout de six mois d’absence du fils aimé, ont fini par se demander si l’avoir laissé partir était une si bonne idée.
Résultat : au fil du temps, leurs appels, mails et autres lettres se sont fait de plus en plus culpabilisants. J’avoue que leur maîtrise de la pression psychologique est remarquable. Pas une lettre sans une remarque qui puisse rappeler à Fuck qu’il n’avait toujours pas sérieusement commencé à prendre sa vie professionnelle en main. Pas de manière directe, bien entendu. Non, tout cela était bien plus subtil. Exemple ? Cette lettre de maman Fuck :
Mon chéri,
La vie réserve parfois de bien étranges coïncidences. En me rendant à la Tate Modern pour leur exposition sur le Distancialisme, j’ai croisé Jane-Lynne. Elle était venue croquer quelques œuvres pour son cours d’art. Nous avons pris un café à l’étage de la Tate et nous avons beaucoup parlé. De toi, bien sûr, tu t’en doutes. Mais aussi de ses projets. T’a-t-elle dit qu’elle avait réussi à publier l’un de ses croquis dans un magazine ? Ca n’a pas été facile pour elle, d’après ce qu’elle m’a dit, mais elle semble déterminée. Elle a mis sur pied un collectif en compagnie d’autres étudiants, collectif dont elle a elle-même créé le site internet. Elle espère pouvoir au moins en tirer de l’inspiration, m’a-t-elle dit, au mieux des projets. Comme elle a mûri… Cette petite déborde d’énergie. Je te le disais souvent, à l’époque où vous étiez ensemble, et je n’ai pas changé d’avis. Mais je m’aperçois que parler d’elle te rend peut-être mal à l’aise. Et toi ? Où en es-tu de ce projet musical ? J’ai hâte de découvrir vos créations…
D’après Perséphone, toutes les correspondances parentales étaient du même acabit. Moi qui croyais les parents de Fuck « relax » quant à la vocation de leur enfant, je suis tombée de haut. Pourtant, John Fielding Smith, le grand oncle de Fuck, a eu vite fait de m’éclairer :
« Diane, ne vous leurrez pas. Ses parents ont beau avoir l’air d’œuvrer uniquement pour l’épanouissement de leur fils, ce qu’ils espèrent en réalité, c’est qu’il réussisse. Pas qu’il prenne 3 ans pour réfléchir à son avenir. Ca n’est pas difficile à comprendre, ma chère : ses parents n’ont aucune envie qu’il fasse une brillante carrière d’avocat pointu, de chirurgien réputé ou que sais-je encore. Tous ces postes qui figuraient en tête des vocations pour les familles comme la leur il n’y a pas si longtemps. Non. De nos jours c’est plus compliqué. Ces gens-là veulent que leurs mouflets réussissent en tant qu’artiste, ouvrent des galeries d’art, lancent des magazines, fassent la mode de demain… C’est beaucoup plus glamour. Et plus détendu, j’imagine. Il n’en reste pas moins que l’obligation est la même : réussir. La nuance, c’est qu’ils l’imposent à leur gamin à coup de sous-entendus. Ah, je m’emporte. J’en suis bien désolé, ma chère Diane. J’adore mes neveux. Ou presque. Mais je leur fourrerais bien leurs satanées revues de design dans le postérieur ! »
Fuck a ruminé de plus en plus… Jusqu’à ce qu’il décide de rentrer en Angleterre pour commencer ces fameuses études qu’il avait laissé à l’état de projet. De toute façon, au fil du temps, les choses s’étaient détériorées entre Perséphone et Fuck. Elle lui reprochant de ne pas assez s’impliquer dans le groupe et de céder à la pression de son entourage, lui lui reprochant ses rêves « immatures ». Elle lui reprochant de ne pas être plus fermes vis-à-vis de ses parents, lui lui rétorquant que les choses n’étaient pas si simples… Quand il a annoncé son intention de repartir dès le mois de juillet, Perséphone n’a donc pas eu la réaction violente qu’elle aurait pu avoir dans un autre contexte. « On verra, hein. Enfin c’est pas terminé. C’est juste un peu entre parenthèses », a-t-elle commenté.
Leur groupe est donc mort faute de participants. Perséphone et Fuck ont bien continué à échanger musicalement pendant quelques temps, mais tous deux ont fini par abandonner. Pourtant, désormais en terminale, la petite apprend toujours la guitare, et travaille des textes avec Xiao Sung, à qui elle voue un respect sans borne depuis qu’elle connaît son passé d’ex futur-membre d’un groupe culte. Elle et Jéronome ne sont plus aussi proches qu’autrefois, mais les choses prennent petit à petit le chemin de l’entente cordiale. Il faut dire que ce garçon mûrit. Enfin si tant est que Jéronome puisse un jour être qualifié de « mûr »…
Côté cours, Perséphone n’est toujours pas la brillante élève que Judith espérait, mais elle semble tenir la barre. On ne m’ôtera pas de l’idée que le système scolaire n’est pas fait pour elle, mais je sais qu’elle est capable de beaucoup. Espérons simplement qu’elle réussisse à trouver le chemin qui lui permettra d’exploiter son mode de pensée disons… Peu académique.
Quant à moi, on ne peut pas dire que les choses se bousculent dans ma vie… Enfin. Espérons que ça ne sera pas toujours le cas, sinon que vais-je bien pouvoir raconter ici ? Notez qu’en réalité, n’avoir rien à dire ne m’a jamais empêchée de parler…

Pourquoi Caroline réussira-t-elle à intégrer le groupe de théâtre, puis à sortir avec Wally, le fringant jeune homme en charge des accessoires ? Pourquoi Jenny devra-t-elle se résigner à ne générer que les moqueries de ses camarades de promotion ? Pourquoi Wally a-t-il tout compris à l’art de l’invitation, alors même que ce gros lourdeau de Jerry n’arrive point à se mettre Caroline dans la poche ? Tout est dit dans cet édifiant ouvrage d’apprentissage. 
