Archive for avril 2007

In the Ghetto

avril 25, 2007, 9:47 pm

En revenant chez moi ce soir, je suis passée devant ce que ma grand mère appelait un asile et qu’on nomme aujourd’hui maison de retraite. D’habitude, je passe sans faire attention, mais cette fois j’ai furtivement lu la plaque indiquant le nom de l’établissement. Temps de vie. Ca s’appelle Temps de vie.

Annonce à l’intention de mes potentiels descendants : laissez-moi seule avec mes plantes vertes, envoyez-moi en mission suicide sur Venus, mais sachez, futurs ma chair et mon sang, que si vous me collez un jour dans un endroit baptisé “Temps de vie”, je vous enverrai mes selles quotidiennes par la poste jusqu’à la fin de mes jours. Damned. Temps de vie ? Moi ça me fait penser à “Temps réglementaire”, “Temps limité”, “Dernière minute”.

Etrangement, ça ne m’évoque point un lieu chaleureux et accueillant où je puisse swinguer du déambulateur en écoutant Queens of the Stone Age. Ca m’évoque plutôt un espace de stockage provisoire proche de la concession de cimetière. Pourquoi pas “Au bout de la route”, “Tempus Fugit” ou “La dernière séance” tant qu’on y est ?

Les noms de maisons de retraite me fascineront toujours, avec leurs périphrases qui font froid dans le dos. Parce que bon vivant rime avec prévoyant, j’ai donc humblement pensé à quelques noms qui je souhaiterais voir inaugurés à l’avenir. Du genre Alive and Kicking, The Rocking Pacemaker ou Time to Party. Histoire que j’aie envie d’y aller quand ce sera mon tour. Ceci dit, je préfère m’imaginer assez pétée de thunes pour rester chez moi avec une ribambelle de personnel à mon service, ou crécher à l’hôtel 4 étoiles comme les vieilles baronnes qu’on voit dans Capital. Il est également possible que je sois game over avant. Mais ça, je préfère ne pas y penser. Hin hin.

—Stellou | 20 comments
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I Cried like a Silly Boy

avril 10, 2007, 4:01 pm

J’ai toujours été plus bisounours que grizzli. Tête de lard, certes, mais globalement tolérante devant les aléas de la vie urbaine moderne. Face aux lâchages de caisse/vomis/essences d’aisselles éventuels du métro, je fronçais un peu le nez, réprimant une envie de déposer une galette par un sourire goguenard ou des réflexions aussi utiles que “tiens, si quelqu’un inventait un détecteur de pet, y en a qui feraient moins les malins, dans cette rame).

Me faire bousculer, piétiner ou doubler dans une file par une mémé sans gêne me faisait marrer dans les moments Ricoré et ruminer mollement dans les moments Coraupié (”Mais c’est qu’elle me double, la Hell’s Angel des mises en pli, là ?! Aucun respect, ces jeunes”). Et je restais en général assez zen quand on m’annonçait que pour cause de grève, mon trajet allait durer 180minutes au lieu de 30.

Pourtant je ne puis que relever certains élans d’agressivité inquiétants dans mon comportement récent. N’ai-je pas menacé de “bousiller” (sic) un jeune homme deux fois plus grand et plus gros que moi qui venait de me frôler avec sa moto sur une zone piétone ? Est-ce donc moi, cette créature qui se prépare des remontées gastriques à chaque fois que Carrefour déploie ses impressionnantes queues (no pun intended) ? Et est-ce bien moi, cette furie qui, après une après-midi entière dans les transports en commun pour parcourir à peine 100km, a failli dévisser la tête d’un ado un peu joueur ? “Si t’appuies sur ce bouton d’appel d’urgence et que ça a le malheur de ralentir le métro, je te fous un coup de boule”, ai-je lancé de mon ton le plus engageant au petit être sans défense qui semblait vouloir faire joujou avé le bouton rouge. Pathétique.

Inutile de dire que venant d’une terreur d’1m60 plus Pikachu que Xena, ça déstabilise un peu l’interlocuteur : pour la plupart des faux durs que j’agresse ainsi verbalement, je dois avoir l’air d’un petit Yorkshire en pétard plus poilant que menaçant (”oh ben alors, elle va nous faire son caca, la boule de poil, ou elle a besoin d’un coup de pied au cul ?”).

C’est j’imagine la raison pour laquelle jusqu’à présent, je ne me suis jamais pris de pain sur le groin. Mais si ma mégéritude continue à gagner du terrain, je sens que je vais bientôt pouvoir compter mes dents. Ou les ulcères. Didier l’Embrouille, sors de ce corps et que la sérénité revienne en moi comme les promos Spécial fitness chez Go Sport. Amen.

—Stellou | 17 comments
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Black Mirror

avril 5, 2007, 11:43 pm

Quand j’ai dû à regret échanger mes places pour Arcade Fire*, je me suis vengée en achetant 3 albums : celui des Besnard Lakes, le maxi de Curry &Coco (un duo Lillois) et le nouvel album d’Arcade Fire, Neon Bible. Tout de même.

Je ne me suis vraiment posée pour l’écouter que dans le TGV du week-end. La fin de journée était belle, j’avais la douce illusion de penser qu’un boulevard de temps à deux m’attendait. J’ai feuilleté quelques pages de Rolling Stone, quelques pages des Inrocks, et puis je me suis sentie fatiguée. J’avais envie de me laisser engloutir par la vitesse du paysage comme un gosse dans les toboggans d’Aqualand.

C’est souvent dans ces cas-là, quand ma vigilance baisse, qu’une trappe s’ouvre entre la musique que j’écoute et la tripaille du moment. Sur l’étal de ma boucherie, en cette fin de journée ensoleillée, y avait environ 2kg de fatigue et de ras-le bol, et à peu près pareil d’ivresse pure. C’est pourquoi Neon Bible m’a fait l’effet d’un couteau sur la chair tendre d’un foie de veau.

Entre l’album précédent et moi, il y avait une barrière inexplicable. Je le trouvais superbe, mais comme “gelé” à mes yeux. Là, je me suis sentie immédiatement dedans. Enveloppée, imbibée, tout ce que tu veux. Et j’ai eu soudain une grosse, grosse envie de pleurer. Quand tu t’empêches de te laisser aller depuis des lustres, une main sur l’épaule suffit à déclencher un tsunami lacrymal.

Sur Neon Bible, je me suis rendue compte que la nana en face moi lisait L’art du Bonheur par Sa Sainteté le Dalaï-Lama et Howard Cutler. J’ai pris ça comme un signe. Surtout avec ces nuages dentelés de soleil qui semblaient parfaits pour une révélation. Y a des hasards marrants. Je me suis passée et repassée l’album. Aucune chanson ne me laisse froide. Incroyable. Même pas un truc à leur reprocher, moi qui pourtant réussirait à trouver une toile d’araignée dans la baraque de Mr. Propre.

En écoutant The Well & The Lighthouse, j’ai cru que mon coeur allait exploser. Je me suis dit “Ayé. Désormais je me souviendrai de ce moment à chaque fois que j’écouterai l’album. Voilà, je t’appose le sceau de la mémoire auditive, mon cher.” Quelques heures plus tard, Mr Fossettes et moi volions une nouvelle soirée à nos vies parallèles, avec en fond sonore Ocean of Noise et consors. J’ai pas mal mélangé les degrés ce soir-là, mais comme on n’efface pas un mp3 à l’alcool, tout ça est désormais gravé sur CD.

Quelle bande de salopards, ces Arcade Fire… Me faire attendre, puis rager, puis chialer comme ça… Vive la France, hein ! Enfin le Canada, je veux dire. En ce moment même, j’écoute My Body is a Cage et mon pauvre ami, je chouine tellement que niveau volume de morve sous narine, je battrais un gamin de maternelle. Pathétique. Tellement pathétique que je vais me coucher, tiens (ou comment terminer un post interminable sans avoir à se creuser le melon).

* Oui, j’en avais deux : une pour moi, une pour mon cul.

—Stellou | 14 comments
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