Tideland

Bien sûr, je me sens serrée dans un jean qui il y a quelques semaines encore flottait tel l’Union Jack sur le port de Douvres. Certes, j’ai une fois de plus brisé mon serment du « Tu ne boiras plus de bière. Ni aucune autre substance alcoolisée, d’ailleurs. Espèce de gros sac à vin ». Mais diantre, quelle beau week-end. A peine le pied posé sur le sol belge, une bande d’énergumène est venue me cueillir direction Ostende, pour une journée onzeubitch. Il faisait beau, mais pas trop chaud. La frite était belle et la bière bien fraîche. Et malgré les objections des deux mâles de la bande, obsédés par l’organisation de leur barbecue prévu en la bonne ville de Bruxelles le soir-même (« Je te jure que là, j’ai mal aux pieds. Et pis en plus, j’ai froid. Et j’me sens pas bien, dis donc. Ca manque de pollution, ici"), les filles ne se laissèrent point distraire de leur intention première : se foutre les panards dans l’eau, s’éclater la panse à coup de frites et enfin, glander dans les dunes. C’était bien, c’était chouette et on y retournera, surtout si dans le tramway littoral qui revient de la plage, une chorale improvisée nous chante encore du Bob Dylan.

C’était bien, c’était chouette et j’ai un peu le moral en bas. Faut dire qu’il pleut et que demain c’est lundi. Et moi, free-lance ou pas, le lundi, j’aime pas ça. Heureusement, j’ai de quoi me consoler. Car après une petite traversée du désert culturelle, où rien de ce que je lisais ni n’entendais ne parvenait à me toucher, je suis tombée sur Tideland, de Mitch Cullin. Je l’ai pioché parce que la couverture m’intrigait, mais aussi parce qu’en quatrième de couv, on pouvait lire ceci : « Un travail d’orfèvre (…), les images ont surgi du livre et se sont imprimées dans ma rétine – Magnifiques, limpides, hantées - Terry Gilliam". J’ai découvert ensuite que le prochain film de Terry Gilliam est justement l’adaptation du roman de Mitch Cullin. D’où la présence du livre en évidence dans les rayons de la FNUC. Oui, je suis une victime du marketing littéraire. Et c’est plutôt bien, pour le coup. Parce que jusqu’à présent (je n’en suis qu’à la moitié du bouquin), ce truc tient ses promesses.

Pour résumer un peu, disons que le narrateur est une petite fille poussée un peu n’importe comment. Jeliza-Rose de son petit nom, vit avec son père, un rockeur sur le retour farci à l’héroïne, dans une vieille ferme du Texas. Comme papa n’est pas vraiment opérationnel, elle se débrouille toute seule. Baguenaude à droite à gauche. Explore le coin avec son armée de tête de Barbie, jouets certes un peu amputés, mais en tout cas les seuls qu’elle possède. Je te vois déjà hausser les sourcils en te disant « Misère de sa mère. Si c’est pas du mélo qui sent la mélasse, ça. » Et ben non. Le fait de décrire ce quotidien par une gosse un peu étrange produit un double effet kiss-cool : d’une part, pas de pathos, puisque l’environnement de la petite, aussi glauque qu’il puisse paraître, n’est pas beaucoup plus étrange à ses yeux qu’un métro-boulot-dodo. D’autre part, une atmosphère un peu irréelle, où chaque élément du quotidien peut devenir une vignette de conte. Ce satané Gilliam a raison : les images te sautent à la gorge, avec un pouvoir d’évocation étonnant. Quand Jeliza-Rose va explorer un vieux bus retourné dans le champ d’à côté, on retrouve les frissons des découvertes enfantines, quand la moindre carcasse abandonnée prend des allures de ville-fantôme. On sent le soleil écrasant, la sécheresse de l’herbe, les odeurs de poussière…

Tout ça est beau, inquiétant et souvent décalé. Comme ces réflexions poussées dans la cervelle de Jeliza-Rose, qui quand elle s’imagine croiser le fantôme d’une vieille dame un peu enrobée, se dit qu’« Elle fait bouillir les plantes qu’elle ramasse dans une grande casserole et en fait de la soupe aux mauvaises herbes. Oui c’est ça. C’est comme ça que les fantômes engraissent. Il y en a tellement, des mauvaises herbes, qu’à ce régime on grossit facilement. » En fait, on verrait bien Tim Burton s’emparer de cet univers-là.

Je cherchais depuis longtemps un roman qui puisse me prendre par la main et m’emmener loin, dans le recoin d’une autre tête. On verra ce que donne Tideland dans son entier mais pour l’instant, ce roman, on dirait que je l’ai trouvé.

tideland.jpg

Edit : Bouquin terminé. Verdict : bel et bien étrange, d’une beauté bizarre et cruelle. Chuis curieuse de voir le film, maintenant.

This entry was posted on Dimanche, juin 25, 2006 at 20:36. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can also leave a response or trackback from your own site.


14 commentaires

  1. Fab says:
    juin 25, 2006, 21:30

    Yeah ! You’re back ! :D

  2. candy cane says:
    juin 25, 2006, 21:46

    :’)

  3. a n g e l says:
    juin 25, 2006, 21:55

    oh
    t’es reviendue \o/

    bon j’attends ton avis définitif sur le bouquin et je me l’achète:)

  4. isadora says:
    juin 25, 2006, 21:58

    Aaaaahhhh :)

  5. Deanna says:
    juin 25, 2006, 22:23

    Yeah!

    (c’est la fête aux commentaires constructifs)

  6. Bambi says:
    juin 25, 2006, 22:51

    le blog de Stellou ou la preuve que l’on peut revenir d’un trou noir ;)

    mon petit conseil littéraire: “Lily la tigresse” d’Alona Kimhi (avec une belle leçon de vie “la vie c’est pas comme une b*te, madame Lily, elle est toujours dure”)

  7. Stellou says:
    juin 26, 2006, 11:54

    Re, les gens. ;)
    Pour le bouquin je confirme : il est bien. :p

  8. jake- says:
    juin 26, 2006, 13:53

    youpi, moi qui disait justement récemment à je sais plus qui que je manquais de lecture… :)

  9. zydeco says:
    juin 26, 2006, 14:10

    Welcome back…

  10. Ratatouille says:
    juin 26, 2006, 14:39

    Bah il était temps (:

  11. sosou says:
    juin 26, 2006, 20:32

    ( toutcommefoufiedabord)
    J’avais besoin de relire tes post je crois, encore plus juste là comme ça et un comme ça. Merfi quoi !

  12. delest says:
    juin 26, 2006, 21:49

    La frite était belle et la bière bien fraîche : ça vient directement de l’album de la Comtesse ?

  13. maureen says:
    juin 27, 2006, 12:09

    ah ben je note pour le bouquin.
    Et oué il était grand temps qu’on reprenne notre dose de stellou hein.

  14. Stellou says:
    juin 27, 2006, 23:06

    Marchi tout le monde.
    Delest : voui. Les belles histoires de la Comtesse.


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