I Woke Up in a Strange Place
Cet après-midi, comme souvent, je suis allée en ville pedibus. Pour ça, je passe par des chemins pas très bien foutus. Là où tu trouves des pans entiers de trottoir en terre battue, des cartons qui traînent et des meubles amputés. L’envers du décor de la ville, en quelque sorte. A chaque fois que je pars à pied, je me rappelle l’anecdote que me racontais une amie tchèque, y a longtemps, à l’époque où on n’avait pas encore perdu le contact elle et moi. Elle me racontait que sous le régime communiste, des villes étaient quasiment reconstituées à l’aide d’un décor de carton pâte à l’occasion de visites officielles. Je ne sais pas si c’est vrai, ni si je ne déforme pas l’anecdote, mais j’y pense à chaque trajet.
En tout cas, passer là me donne toujours l’impression d’être extérieure à ce qui se passe dans le centre, là où tout bouillonne. Pendant que des gens se marchent sur les pieds dans les rues touristiques, je suis seule sur mon territoire. Et je le regarde dans tout ce qu’il a de plus contradictoire. Cet après-midi, par exemple, j’ai vu dans le caniveau le cadavre d’un lapin. Un lapin roux, d’une couleur que je n’avais jamais vue auparavant. Il était là, de tout son long au bas du trottoir, même pas sale, rien. Sauf ses pattes, pleines de boue. Et ça puait la pisse et les gaz d’échappement. Et pendant ce temps, les bagnoles continuaient à foncer vers le prochain feu rouge. J’en aurais presque pleuré. Pas directement pour le lapinou, désolée. Ni à cause de l’odeur de pisse - quoique -; mais plutôt parce que ça me paraissait un symbole tellement puissant. Cette petite tache de beauté posée dans la crasse, et le reste qui continue de s’agiter sans même la voir…
J’y ai pensé jusqu’à ce que j’aille boire le verre qui m’avait initialement poussée hors de ma tanière, puis j’ai oublié. Y avait pas mal de choses à se dire et quelques vannes à lancer, tu vois. Seulement quelques minutes après, en voyant un superbe tag au pochoir fait sur un mur dégueulasse, j’y ai repensé. Ce dessin délicat, presque caché, posé sur un pignon couvert d’affiches au point que la pierre n’a pas dû voir le jour depuis 75, ça m’a touchée. Parce qu’après tout, pour nous, tout est toujours comme ça tout le temps, non ? Une violence après une caresse et une caresse sur une violence. Et tout le monde qui court tout autour en faisant mine de ne rien voir.
This entry was posted on Dimanche, août 21, 2005 at 23:27. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can also leave a response or trackback from your own site.
17 commentaires
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Fab says:
août 22, 2005, 10:06 -
Ratatouille says:
août 22, 2005, 10:18Hinhin, t’es sûre que c’était pas un paillasson ?
(Oui bon, oh, ça va hein, moi aussi j’suis d’accord avec Fab, pas la peine de râler.) -
Stellou says:
août 22, 2005, 10:28Fab: Ouais. Stellou de Saint Preux, de la troupe des Farfadets de Limoges. :p
Rata : toi, retourne à tes lectures géopolitiques. Hin hin hin. -
cali says:
août 22, 2005, 10:50oui parfois il vaut mieux boire un coup pour penser à autre chose… ou oublier de penser.
ptite poêtesse tiens.
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Stellou says:
août 22, 2005, 11:51poetesse ou pouetesse ? :p
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maureen says:
août 22, 2005, 12:03comme si on y était huhu
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Frijole says:
août 22, 2005, 15:13Que c’est émouvant. (pourquoi vous avez l’impression que je suis pas sincère là ? huhu)
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euca says:
août 22, 2005, 16:57Ca s’trouve, il dormait (non ?).
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sosou says:
août 22, 2005, 18:09mais ptete qu’ils ont tus vu et que tout le monde a l’impression que personne ne vois :p , heu bon je m’embrouille huhu
le lapin roux c’est pas dans rox et rouki ca ? XD -
cali says:
août 22, 2005, 19:40poûetesse (:
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zydeco says:
août 22, 2005, 21:16F**K! Stellou, tu sais finir un texte ! (et ce n ‘est pas la première fois que je le remarque…). Et les phrases en gras, qui se suivent à distance…Moi je dis: Talent !
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Kenza says:
août 22, 2005, 22:41Pouèt-esse c’est plus mieux d’abord.
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KawO says:
août 23, 2005, 0:13HAn en plus t’as eu le temps d’y repenser pendant 3/4 d’heure devant la vitrine tics et puces !…. chui encore navrée ma burte !!!
Mais j’ai aimé notre virée vieux-lilloise ! -
Stellou says:
août 23, 2005, 15:19maureen : demain t’y seras, huhu
frijole : oh ben connaissant la bête… :p
euca : non, je crois pas.
sosou : mais nan, patate, dans rox et rouky c’est un clebs et un renard.
cali : poil aux.. euh tresses ?
zydeco : merci du compliment, mais ne jurez pas, marie-thérèse !
kenza : y a aussi pouet-pouet-esse mais c’est super dur.
KawO : moi aussi, espèce de grosse merde.
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isadora says:
août 23, 2005, 19:14Ah ben merci, tiens.
Sale voyeuse de belles choses
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sosou says:
août 23, 2005, 23:44ah merde, je l’ai jamais vu heuu j’ai une excuse lol
( sniff demain je serais là par la pensée ^^ )
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ice says:
août 26, 2005, 17:11Un lapin roux quand meume. ‘est que’que chose. A Paris, c’est les pigeons. Nan, pas roux, mais morts. Jamaqis joyeux. ET les rats dans le metro. pas vraiment une tache de beauté. Cambroussarde, va.
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T’es une poète des temps modernes, Chtellou.