Archive for mai 2005

Tip of My Tongue

mai 11, 2005, 10:47 am

J’avais pris la résolution de ne pas l’attaquer tout de suite. De me le réserver pour plus tard. J’ai soigneusement évité de lire les critiques ou de me renseigner sur l’intrigue… Pourtant, ce matin, j’ai vu sa petite couverture rouge et j’ai craqué : j’ai entamé le nouveau roman de Nick Hornby, qu’un individu aussi chauve que l’auteur m’a offert il y a quelques jours (merci Fab ;) ).

Je m’empêche de le lire d’une traite, pour plusieurs raisons :

- je veux que ça dure un peu
- je veux que ça dure un peu
et surtout
- je veux que ça dure un peu.

Mais voilà, ce matin en attendant que mon café passe, j’ai lu les 35 premières pages et je suis déjà dedans jusqu’aux talonettes. Nick Hornby est mon dieu, c’est dit, gausse-toi si ça te chante, je m’en tape le coquillard.

Notre première rencontre, Nick et moi, c’était pendant ma deuxième année de fac d’anglais -ou ptet la troisième, qui sait ?- au beau milieu des rayons de la BU. J’avais fini les cours honteusement tôt, il faisait beau, comme presque tous les jours à l’époque, j’avais la cervelle pleine de caca et je cherchais un truc qui me redonne le sourire. Un bouquin trois en un qui me permette de m’évader un peu, tout en découvrant des trucs sur moi-même et bien sûr, assez bien écrit pour que je puisse déguster ma dose de langue anglaise. Simple, non ? Comme souvent, j’ai pioché un bouquin au pif dans les rayons. "About a boy", par Nick Hornby… Han ? Connaît pas… Bon, la couverture a l’air bien, le titre aussi, j’embarque.

Bien entendu, j’ai adoré celui-là et tous les autres aussi.Y compris Speaking with the Angel, le recueil de nouvelles que Nick Hornby a supervisé. Y a peu d’auteurs qui me touchent à ce point, mis à part - et ça n’a pas grand chose à voir- Carver et Camus. Quand je lis un bouquin de Nick Hornby, j’ai l’impression, comme il l’a dit à propos d’Anne Tyler, de trouver une voix qui me corresponde. Tu sais, l’impression qu’un auteur dont la vie n’a probablement aucun rapport avec la tienne met des mots sur ce que tu ressens ou ce que tu vois avec une étrange précision. Comme quand tu vis un truc et que tu as le sentiment de prévoir un poil de micro seconde avant que ça n’arrive ce qui va advenir. Tu sais, cet espèce d’écho qui nous arrive dans la tête à certains moments de notre existence.

C’est bien pour ça que j’ai envie de prendre mon temps. Je voudrais surtout pas louper l’un de ces passages-écho qui me mettent en joie.

 … Pis qui sait combien de temps il va falloir patienter avant le prochain hein ?

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—Stellou | 30 comments
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Rewind

mai 10, 2005, 12:52 pm

Meuhahahaha ! Ha. Me voici embarquée dans 15 jours de vacances. 15 jours pendant lesquels j’ai prévu de : passer le permis de conduire, faire mon baptème de parapente, trier mes paperasses, classer mes CDs par ordre alphabétique et faire un tour en Argentine.

Comment ça c’est pas crédible ? Bon d’accord : en fait je vais rester à Lille et repeindre mes chiottes en rose. Et même ça, c’est pas garanti étant donné mon niveau d’énergie.

Là par exemple, mes tartines de confiote ont commencé leur lutte contre les enzymes depuis peu de temps, et au lieu de prendre mon destin en main (ou à défaut, la couleur de mes vécés) j’ai regardé "Les années fac" sur NT1. Le pire, c’est que Les années fac, j’aime pas.

Au moins, si je m’étais levée plus tôt, j’aurais pu regarder Fame sur France 4… Avec ma soeur, on étaient fan de Doris et sa bande, autrefois. Les décors étaient un peu déprimants (à cet âge, on préfère le fluo de Sauvés par le Gong au beigeasse de Feïme), mais ça donnait des envies de justaucorps et de jambière… Moi par exemple,  je voulais être comme la prof de danse ou comme Coco. Une année, en primaire, avant la fête des écoles, (sous l’influence de la série ou pas, mes souvenirs ne sont plus très frais) j’ai passé toutes mes récrés à m’exercer au grand écart pour prouver aux pétasses du cours de gym que les gros pouvaient être souples. J’ai fini par réussir à faire un grand écart. Oui. Mais va savoir pourquoi, j’ai abandonné l’idée d’être la Coco de l’Avesnois.

Aujourd’hui, bien entendu, ces ambitions sont bien loin, mais Fame me met toujours la larme à l’oeil. Ce que j’aime tout particulièrement, c’est les boeufs que les élèves improvisent au RU, à La Poste, dans le métro… Y a toujours une grande guigne en rollers qui arrive juste au bon moment pour improviser une choré à faire rougir John Travolta, les impro sont parfaites à la mesure près et  même si Dany Amatullo tient sa guitare en dépit du bon sens, il te sort des rifs que même Gary Moore il a pas les mêmes. Hin hin.

Et ces dialogues, aaah, ces dialogues… La prof de lettres à la prof de danse à propos d’une élève condamnée par la sclérose en plaque : "Mais enfin, regarde la vérité en face !! Tu sais, moi aussi j’ai adoré Rocky et moi aussi j’ai prié pour que la fée clochette s’en sorte dans Peter Pan, mais la vie, ça n’est pas comme ça…".  :)

Bon je me moque, mais n’empêche : Fame, j’aime. Et je compte bien regarder tous les épisodes qui vont passer pendant ces 15 jours. Na… "Beïbi keent iou siii, gnagnagnagnagnaa - gniii…"

[Tiens, je viens de faire une découverte intéressante : quand tu tapes France 4 dans Google, tu tombes sur France 4 Naturisme, le site de "l’essentiel du naturisme : vivre nus, en harmonie, en pleine nature" ]

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—Stellou | 27 comments
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Stupid Girl

mai 8, 2005, 7:20 pm

T’ta l’heure, j’avais le cerveau en manque de pause et les phalanges façon Mister Freeze. Je suis donc descendue me faire un café. Et là, en attendant que la cafetière italienne fasse son boulot, j’ai essayé d’imaginer combien de litres de café j’avais pu boire dans mon existence. Alors voyons… J’en bois depuis l’enfance, j’ai 25 ans. Depuis des années, j’en bois deux bols le matin, une tasse le midi, un ou deux mugs dans l’après-midi et un ou deux le soir. Ce qui nous fait… Bon, comme chuis une burne en calcul, j’ai pas trouvé la réponse. Mais une chose en amenant une autre, tout en reniflant l’odeur de ma poudre préférée, j’ai cherché à comprendre l’origine de cette addiction.

La caféine ? Mouais, peut-être. Mais le conditionnement social, surtout : chez moi, le café, c’est sacré et chez les autres aussi. A la fac, au boulot, tu fais une pause ? Hop, café - qu’il soit dégueu ne change pas grand chose. Tête dans le cul ? Hop, café. Gros chagrin ? Café. Café café café café… Y en a que pour le café. Ceux qui n’en boivent pas se plaignent d’ailleurs assez de se sentir un peu exclus.

Et dans les séries que j’ai pu voir dans mon existence, hein, combien de scènes dans lesquelles le héros se balade avec un mug de café à la main avant de lancer une réplique du style "Ecoutez, Murdoch. Si vous voulez vous lancer tête baissée dans cette affaire, c’est votre problème. Mais venez pas me casser les glaoui si les Fédéraux vous tombent dessus" ? Combien de tasses de jus englouties au Central Perk ? Combien de cafés préparés par Tony Micelli ?...  Et dans les pubs, alors ? Combien de jeunes gens ténébreux, de Traï tou rimembeur et de patins au San Marco ? On a beau être des créatures dotées d’esprit critique, dans le fond, ça doit bien jouer, non ?

Bon d’accord, je sais : t’en as rien à fiche. D’ailleurs si ça se trouve, t’aimes pas le café.  Je vais donc m’abstenir d’aller plus loin et aller direct à la conclusion de cette pause café - conclusion très con, c’est entendu, mais on est dimanche, hein - En finissant mon jus, un doute m’a saisie : du café, j’en ai tellement bu que c’est peut-être désormais inscrit dans mon patrimoine génétique. Si un jour je me reproduis, qui sait si par un effet de mutation digne de X-Files, mes gosses n’embaumeront pas le Carte Noire ? Hein ? Imagine.

…(pense)
…(pense)

Pfiou. Heureusement que je suis pas accro à l’andouillette…

—Stellou | 17 comments
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Things You said

mai 6, 2005, 1:25 am

Hier à cette heure, je m’endormais les tympans encore pleins.  Vindiou, quelle soirée… Les Plastic Heroes, Lemon, Dolly sur un plateau. Trois styles différents pour un seul ticket; poil au nez. Les Plastic Heroes ont assuré, mais chuis tombée en amour pour Lemon, dont on m’avait beaucoup parlé (hein, Tof?) : le chanteur a une voix à la Michael Stipe, d’REM, les morceaux sont du genre à passer direct en intraveineuse jusqu’à te faire oublier où tu es… Vindiou, que c’était beau.

Et pis bien sûr Dolly… A chaque fois qu’ils se pointent ici, c’est pareil : le public les connaît comme de vieux amis et les accueille toujours aussi intensément, que la salle soit pleine à craquer ou pas… On sent qu’il y a tellement de plaisir là-dedans que ça pourrait durer des heures et des heures.

Moi qui suis du genre "Emue ? Comment ça, moi ? Hin hin, meuh non. Allons… Euh…T’aurais pas un mouchoir ?", je résiste rarement à ce type d’ambiance. Si je le peux, je me cale contre un mur, j’attends d’avoir la rétine qui vibre avec les basses et pfuit, j’oublie que je suis là. Attention, hein, je ne vais pas jusqu’à sauter dans tous les sens en beuglant ‘Lille vous aiiiiiime" pour autant, mais je participe un minimum. Je hoche la tête, par exemple. Incrédible, n’est-il pas ?

Ah et euh… Suivant ma charte personnelle des bonnes manières, hier soir, j’ai rien trouvé de mieux que de dire au bassiste de Dolly que quand j’étais petite, j’ai fait caca dans l’eau du bain. Hem.


Je présente toutes mes excuses à Nadine de Rotschild, mon guide spirituel, et aussi à ma maman, qui n’est pas responsable de mon absence de savoir vivre. :p

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—Stellou | 9 comments
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Cold Water

mai 4, 2005, 11:09 am

C’est super agréable de se faire doucher sur le chemin du bureau. En ce moment même, j’ai la moitié du jean trempée et les baskets inondées. Yo. La journée commence bien.

Enfin heureusement, elle devrait se terminer un peu mieux : au diable mon sevrage de concerts, ce soir, c’est les Plastic Heroes, Lemon et Dolly au Splendid. Et pof !Ah… Attends, je te laisse, faut que j’aille aux vécés. Pendant ce temps, t’as qu’à regarder ça. Tu vas voir, ça détend, y a des gens qui bougent et qui font du bruit avec leur bouche, dedans (nan, c’est pas un film porno) :

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… Re. C’était bien ? Pour moi aussi. Donc disais-je, concert ce soir. Je prie juste pour ne pas me retrouver comme c’est souvent le cas derrière une tribu de géants. Pourquoi quand tu mesures 1m60 à peine, tu te retrouves toujours avec de TRES grands juste devant, hein ? Et c’est quoi cette mode des tignasses dans tous les sens, messieurs les géants ? Faudrait ptet penser aux vertically challenged de mon espèce quand vous allez à des concerts. Faut être citoyen, un peu.

Peut-être devrais-je adopter la tactique dite de la morsure fessale pour en éliminer quelques uns. De trop grands devant toi ? Gniarrk ! Une fesse mordue et tu dégages la vue.

Nan, c’est un coup à se faire casser la gueule, ça. Je vais plutôt continuer à me muscler la pointe des pieds.

La lecture par-dessus l’épaule du jour :

Aujourd’hui, y en a pô. Ca te défrise ? Oui ? Alors je te propose à la place une conclusion musicale qui peut t’irriter un peu plus.

—Stellou | 33 comments
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Things Behind the Sun

mai 3, 2005, 2:31 am

Faudrait voir à réparer les câbles qui passent dans ma matière cervicale, Ducon. Je me demande si y a pas quelque chose qui cloche. J’étais là, vers minuit et demi, la fenêtre ouverte, humant l’odeur de la nuit avec la grâce d’un éléphanteau. J’avais commencé à tirer un fil de souvenir (soirs d’été chez mémé, les fesses assises sur un toit en béton, marmots qui discutent à 23h30 passés) et puis un autre (soirs d’étés dans le sud, pieds nus sur le macadam, volley ball sous les lampadaires, adultes pas contents) et encore un autre (soirs d’été a Walnut Grove, pas sommeil, ouvrir la fenêtre de ma chambre, écouter les feuilles, mordre  le vent, aspirer la chaleur)…

J’étais bien, la joue protégée par mon oreiller. Je glissais tout doucement, tout doucement… Et là, comme ça m’arrive de plus en plus souvent, je me suis sentie tellement heureuse d’être en vie que j’ai commencé à flipper. Flipper ma race de chez Flipper sa race.

J’ai pensé à tous ces souvenirs stockés dans un coin, toutes ces odeurs, toutes ces impressions. Comme souvent je me suis étonnée de leur force. De ce pouvoir d’évocation qu’on a, logé je ne sais où dans un tas de tissus cérébraux. J’ai eu mal au bide de de me dire que malgré cette puissance, ce don qu’on a, on n’arrive jamais vraiment à dire à l’autre ces choses qu’on a vécues : quand on les vit, on se fait une cuisine d’odeurs, de sons, de lumières, de touchers… On synthétise un truc infiniment plus complexe qu’un Chamelle n°5 et on en garde la trace, qu’on le veuille ou pas.

Mais quand on veut faire partager cette composition-là, on se trouve aussi con qu’un parfumeur qui tenterait d’évoquer sa création juste avec des mots. Y en a qui y arrivent presque à la perfection, c’est vrai. Ceux là nous fichent les larmes aux yeux, nous font frissonner, mais ça reste du presque. C’est déjà ça, mais c’est du presque.

Et moi,quand j’y pense, ça me fascine autant que ça me fait peur. Parce que ça me rappelle à quel point on est à la fois sans limites et tellement fragiles. Capables de transformer un peu de citronelle ou l’odeur d’une peau en un édifice complexe ; incapables de se le sortir des tripes pour le faire partager totalement aux autres. Aptes à faire bouillir l’idée en permanence, et rayés de la carte en moins d’une seconde.

C’est con, je sais. Mais je crois que depuis que j’ai appris à apprécier vraiment la vie, j’ai d’autant plus de mal à tolérer qu’on puisse me l’enlever sans que je l’aie décidé. Si bien que, pas de bol, les moments où la beauté de la vie me saute à la gueule sont aussi les moments où l’angoisse me botte le cul. Et là, forcément, impossible de fermer l’oeil.

C’est ennuyeux, n’est-il pas? Spa bon pour mon capital jeunesse, ça. Mais contrairement à toutes ces nuits que j’ai passées à chercher le sommeil il y a quelques années, aujourd’hui je prends ces moments-là comme un mal nécessaire. Ouaip, cowboy. J’ai l’impression que malgré ce que les apparences vont suggérer à tous mes collègues demain matin, j’ai les yeux beaucoup plus ouverts qu’ils ne l’ont jamais été.

—Stellou | 9 comments
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Helpline Operator

mai 2, 2005, 10:54 pm

Yo ! Tiens, je vois à ta tête que tu as besoin de te sentir plus intelligent et plus hype en sortant d’ici que quand tu y es entré. C’est normal : on a tous besoin de se faire reluire un peu l’ego. Et moi, j’aime me faire du mal. Alors je vais me flinguer un peu pour que tu te sentes supérieurement intelligent en sortant d’ici.

Comment ? En te prouvant que non seulement on peut penser à des idées de jeux très chiants et très inutiles, mais qu’en plus, on peut les mettre en ligne sur son blog et l’assumer :

1 - Le KAT (Kitsch Avatars Tournament) : pour avoir honte sur MSN
2 - Le RT (Roman Télémagaziné) : pour se faire grâce à la télé
3 - Le EZ (EncyclopéZik) : pour être chiant ET pédant

Ah ben voilà. Ca s’appelle pas le Blog du chiant pour rien, comme ça… Merci qui ? Merci Tata Stellou.

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Edit : Sosou a apporté sa contribution au jeu du Roman Télémagaziné. J’avoue que c’est assez chiant.

—Stellou | 27 comments
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Velvet Morning

mai 2, 2005, 9:54 am

J’ai pas mal hésité à le mettre en ligne celui-là. Je l’ai mis, je l’ai enlevé, je l’ai remis… Parce que c’est long, pis un peu trop perso. Mais bon, allez, lançons-nous. Y a comme une parenthèse qui se ferme et j’ai envie d’en parler. Ceux qui me connaissent savent de quoi je parle, pour les autres, faut que j’explique un peu…

Y a quelques temps déjà, Fab, mon trou du cul de chef , a démissionné de son boulot. 7 ans qu’il y était, le bougre, envie de passer à autre chose, c’est normal. Moi, ça faisait plusieurs mois que je sentais bien que le coeur n’y était plus et étant une sorte de Bob L’éponge, mon boulot à moi et mon humeur à moi s’en ressentaient fortement. Quand il a décidé de partir, je me suis dit assez logiquement que j’allais me casser aussi. Ca n’a pas été une décision facile à prendre, j’ai pas mal hésité, parce que ce boulot était bien plus qu’un boulot. Moveandbe, là. Le machin coloré linké à gauche. C’est ça, mon bureau.

Je crois que j’ai jamais réussi à vraiment faire comprendre ce job aux gens qui me demandent "ce que je fais dans la vie". Des fois je dis "webmistress", des fois je dis "je m’occupe d’un site qui…". A chaque fois je tombe à côté.

Y a ceux qui m’attribuent de vils penchants mercantiles et des intentions que Darth Vador lui même n’endosserait pas. Comme ce connard qui, à peine avais-je tenté de lui faire comprendre mon boulot, a vomi tout de suite un truc du style "ah, donc tu forces des gamines à acheter des fringues ?". Oui, ducon, c’est ça. Et je suis aussi responsable du trou de la couche d’ozone. Ta gueule et crève avec ton petit four. Les réactions ne sont pas toujours aussi extrême, mais le simple fait que le site sur lequel je bosse soit édité par Pimkie suffit à faire de moi la pire des fourberies de la planète aux yeux de certains. hin hin. Ca me fait chier, mais j’ai fini par m’habituer. Au début, j’essayais d’aller contre. J’expliquais comment on voyait le truc, je disais que c’était une espèce de magazine bizarre mêlé à une communauté. Mais ça servait pas à grand chose, puisque j’étais fichée : "Ouuuuh, Stellou, ouuuh, tu bosses pour le Grand Capital, vade retro, Créature Satanique !"

Y aussi ceux qui jettent un oeil au site et qui me disent que c’est concon. Je vois pas trop quoi répondre si ce n’est "lis bien ce qu’on met en ligne au lieu de dire ça, cafard". Parce que mine de rien, j’ai le sentiment d’avoir pu faire découvrir pas mal de choses pas si "grand public" que ça à celles qui ont pris la peine de lire. Je crois qu’au final, avec l’aide des fêlées qui publient des bafouilles sur le site, sans se prendre au sérieux, on est arrivés à faire un truc pas si dégueu que ça, qui sert de point de ralliement à pas mal de nanas, d’où qu’elles viennent.  D’accord, on a dit plein de conneries, j’ai dû sortir le mot "prout" ou "roter" au moins une fois par jour, mais chuis fière.

Surtout, ce qui m’a scotchée à ce site, c’est ce lien incroyable qu’on a pu développer avec des gens qu’on ne connaissaient ni d’Eve ni des dents. C’est pas très rationnel, c’est pas raisonnable, mais c’est comme ça. J’ai pris des baffes dans la gueule, j’ai fait des cacas nerveux, souvent j’ai versé ma larmiche en lisant certains trucs kiprennotripes, j’ai beaucoup ri… j’avais deux lieux de travail : mon bureau virtuel, enterré dans les locaux de Pimkie, et mon  bureau réel : deux neuneus comme collègues et des milliers de filles qui passent dire bonjour.

Un boulot qui t’implique comme ça, c’est parfois usant, faut quand même le dire. Tu revis souvent des trucs qui sont pas vraiment réglés chez toi, quand tu t’intéresses à ceux des autres. T’es gênée aux entournures quand tu te demandes si là, tu dois poser des barrières ou laisser ce truc que t’appelles ton boulot s’installer dans ta vie encore un peu plus. Des fois t’en as marre, de devoir trouver des idées tous les jours et de pas arriver à mettre l’affectif au placard quand tu tournes la clé du bureau. Mais putain, je regrette pas d’avoir vécu ça.

Et quand je lis les réactions au message d’au revoir que Fab a posté pour nous deux, ben je chiale comme une conne, y a pas. Je sais pas trop ce que je vais faire par la suite, ptet que ça n’aura rien à voir, j’en sais encore rien. Mais y a eu une parenthèse vraiment spéciale dans ma vie et je l’oublierai pas de sitôt… Sentir que t’as servi à quelque chose et avoir en chemin mis à la poubelles quelques toiles d’araignées qui trainaient dans ta tête,  c’est quelque chose, et je sais à qui je le dois.

Ah oui, encore une chose : toi, cynique je sais tout qui passerais par hasard et qui serais venu à bout de ce post d’une longueur repoussante, ne dis rien, j’ai déjà envie de te casser la gueule.

Pour me faire pardonner d’avoir vomi tout ça, un hommage à mon futur ancien boulot de ouébmistress : un reportage de Strip Tease que Fab avait déniché pour le plus grand plaisir de tout un chacun et plus encore.

La lecture par-dessus l’épaule du jour
(Lu dans un roman, mais j’ai pas pu voir lequel,lu par un jeune homme fort intéressant, mais je sais pas c’est qui)

"(…) Et quelle importance ? Pour qui te prends-tu ? Interrogation lasse, fruit d’une éducation neurasténique(…)

Et hop, voguons donc vers l’inconnu, fière et intrépide !

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—Stellou | 21 comments
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